La Baie d'Halong est derrière nous, direction les montagnes du nord ouest à quelques kilomètres de la Chine. Huit heures de train de nuit, arrivée a cinq heures du matin, Sapa et ses villages Hmong, Tay et autres ethnies montagnardes nous ouvrent leurs portes. Le village de Ta Van à une demie heure de route nous accueille, sa population bigarrée et ses paysages de rizières en terrasses, ses fameux clichés que les agences vantent dans les catalogues touristiques. Ils ne sont pas superflus, la réalité est à la hauteur de la beauté du paysage. Nous sommes à 1650 m d'altitude, le temps est agréable et presque frais la soirée.
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| Rue de Ta Van |
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| Rizières en terrasses Ta Van |
Ce matin à la descente du train, nous rencontrons Yen, une Hmong qui porte Van, sa fille de neuf mois dans son porte bébé. Elle nous propose de venir passer 48h chez elle, dans sa famille. Nous notons son numéro de téléphone et promettons de l'appeler. Notre première journée est sous le signe de pluie partielle, le home stay est agréable et la vue est splendide.
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| Autour de Ta Van |
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| Femmes Hmong en pause |
Une promenade dans le village nous permet de rencontrer Mimie et sa fille, un bébé de quelques mois prénommée Malah (qu'elle nomme Marie pour les touristes) qui dort dans son dos. Elle nous propose comme toutes les jeunes femmes Hmong, de l'artisanat brodé main ou à la machine. Nous déambulons dans les rues avec elle sur nos talons. C'est la "coutume" paraît il, nous nous rendons rapidement compte que plusieurs d'entre elles nous accompagnent en nous proposant leur artisanat.
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| Mimie |
Sans savoir ni pour quoi ni comment, Mimie nous séduit, le courant est passé, elle n'est pas insistante voire respectueuse, nous sommes intéressés par un porte bébé comme celui qui porte Malah. On échange, nous dit qu'elle en a chez elle et nous invite à nous retrouver plus tard dans la journée. L'affaire est faîte, nous achetons "l'authentique", celui qui a servi, qui sent le pipi d'ange. Elle est heureuse et nous aussi, elle utilisera à bon escient les Dong qu'elle vient de recevoir. Nous savons déjà à qui le porte bébé est destiné.
Le jour suivant le soleil est présent et en profitons pour aller voir des chutes d'eau, prétexte à une balade dans les rizières. Monter, descendre, sol argileux glissant par endroits, forêt de bambous, rizières en terrasses, bufles broutant, maisons isolées tel est le paysage qui s'offre à nous.
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| Cascade dans la vallée |
Nous avons accepté l'invitation de Yen, le rendez vous est fixé à 9h30 ce matin. Son mari l'accompagne et repartira avec nos sacs sur sa moto. Trois heures trente de marche en montée pour atteindre son village et sa maison. Nous échangeons sur le chemin sur les traditions Hmong, Van est dans son dos et babille.
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| Yen et Van |
Les haltes sont les bien venues, propices aux questions-réponses puisque Yen parle bien anglais. Elle est d'ailleurs la seule de sa famille pratiquant la langue de Shakespeare. Elle a quatre enfants, trois filles et un garçon âgés de sept ans à neuf mois. (Chow 7ans, Mah 3 ans1/2, Shi (garçon) 2 ans1/2 et Van que vous connaissez déjà).
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| Du bonheur relationnel |
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| Chow |
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| Mah |
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| Shi |
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| Les trois plus jeunes |
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| Shi me fait penser à ma petite fille Manon lorsqu'elle était petite, un peu rond, il court avec beaucoup d'énergie, son pantalon glissant sans cesse laissant apparaître ses fesses potelées |
La maison familiale est sommaire, deux pièces et demie, une pour la cuisine avec le sol en terre battue et l'âtre pour cuisiner. Deux lits dans l'autre pièce dont celui des parents que nous allons occuper pour notre nuit. Le sol de cette pièce est aussi en terre battue, les murs de la maison sont en planches de bois agencées à la verticale, les interstices laissent passer l'humidité et le froid. L'hiver peut être rude et la partie cuisine est utilisée principalement pour sécher l'atmosphère grâce aux bambous qui réchauffent et cuisent. La salle de bain est extérieure, pas d'eau courante, un baquet rempli d'eau pour le wc et la douche, sommaire!!! L'eau coule à volonté par un tuyau alimenté par une source plus en hauteur. (Photos témoins).
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| Maison familiale |
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| Notre "chambre" |
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| La cuisine |
Pascal
Alors que le jour se lève j'entends les enfants qui discutent dans le lit familial, ils ont dormi à six sur le même matelas. Imaginez le lit en bois, couvert d'une moustiquaire, elle même couverte d'une bâche en plastique. Pas de draps, parents et enfants dorment habillés, même tenue la journée et la nuit.
Ce doux babillage auquel je ne comprends rien me berce, j'imagine les parents en train de préparer le petit déjeuner, laissant les enfants au chaud dans cette attente. Le temps passe les petits se sont installés devant la maison, je me lève, Pascal me rejoint. Les trois"grands" jouent, Shi et Mah avec un bout de plastique en forme de grenouille, Chow aux osselets avec des cailloux, un bout de ferraille vient parfois agrémenter le jeu. Les filles sont habillées comme la veille, robes sales et sans culotte pour Mah, le petit bonhomme a juste un tee-shirt sale, il est cul-nu.
Je dis à Pascal que les parents dorment peut-être encore avec Van, hier ils étaient de sortis et avaient prévu de boire de l'alcool de riz. Le temps passe, cela paraît de moins en moins probable, il est déjà 8h, les enfants sont levés depuis au moins deux heures trente. J'ai un petit creux, je boirais bien un thé, Pascal évoque un café. La scène qui suivra nous coupera toute envie de luxe. Les trois enfants entrent dans la cuisine et soulèvent les couvercles des gamelles pour y gratter le fond, un peu de riz, un fond de bouillon, une patate, trois légumes. Les enfants rient de leur découverte, pas de dispute, ils se partagent ces quelques restes. Ce tableau me heurte, me bouleverse, me fait mal, comment peut-on laisser ses enfants sans rien dans l'estomac, les vêtements sales, usés, pas d'hygiène tout court, je n'ai qu'une envie fuir ce qui m'entoure.
Finalement la maman revient, Van sur le dos, une canne à sucre sous le bras, les enfants sont joyeux, les deux chiens lui font fête. La petite Chow partira à l'école avec un bout de canne à sucre à la main.Yen préparera un petit déjeuner pour tout le monde, un peu plus élaboré pour les touristes que nous sommes, les enfants ne se départiront pas de leur sourire et de leur joie de vivre. Je ne sais plus que penser, cette famille vit chichement mais l'amour est présent cela ne fait aucun doute. Je le sens au détour d'un chemin lorsque Yen aide Shi à gravir un chemin, lorsque Sha porte Van dans le dos afin que sa femme vaque à d'autres occupations, lorsque Mah pleure et qu'elle est consolée. Parallèlement à cela, j'ai vu Chow porter un rôle qui n'est pas le sien, prendre soin des plus petits, s'en occuper telle une mère, partir à l'école après un coup de serviette mouillée et sale sur le visage et tellement peu à manger... peut-être une banane??
Malgré le temps passé en voyage j'ai parfois des difficultés à accepter ce que je vois et que je ne peux changer mais le pourrais-je, cela ne serait-il pas en désaccord avec leur mode de vie ? Il ne fait aucun doute que je ne reviendrai pas indemne de plus d'une année de rencontres et de questionnements.
Marie
Je reprends la plume pour vous expliquer le retour en ville avec Yen. Elle ne sera pas avec Van ce matin, sa belle mère restera avec les trois plus petits au village. Nous décidons en accord avec Yen de lui acheter des vetements pour les quatre enfants. Le deal: elle choisit ce dont elle a besoin pour ses enfants et nous réglons les dépenses. Elle est ennuyée mais finit par accepter notre proposition. Arrivés au marché, les deux femmes s'affairent, des petites robes, des chaussures et survêtements. Yen est contente et nous aussi. C'est le principal!!. Nous retrouvons son mari qui nous rapporte nos sacs à dos avec sa moto. Le moments des adieux est arrivé, embrassades, Yen nous offre à chacun un bracelet en acier ciselé. Cadeau simple mais tellement chargé de symboles. Nous la quittons avec les larmes aux yeux......
Pascal
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