samedi 12 novembre 2016

Bornéo neuvième jour au Sarawak

Neuvième jour au Sarawak, il est six heures du matin. Nous avons rendez vous avec le chauffeur qui doit nous conduire à environ quatre heures trente de route de Kuching. En réalité, nous mettrons presque sept heures trente avec les arrêts successifs. Le premier pour ramasser un couple de français qui est du voyage: Nathalie et Jean-Noël qui eux aussi ont choisi le tour pour le village de Siba constitué d'une "longhouse" et de ses habitants.
Deux arrêts en cours de route l'un pour le petit-déjeuner et le second pour le déjeuner. À 14 h nous sommes en vue du village après avoir parcouru une heure trente de route callaissée, montante, descendante et tournante avec une vue superbe sur les montagnes environnantes et les plantations de poivriers. Nous sommes accompagnés de Chris en qualité de guide et de mari d'Amelie. Chris est Iban et malaisien.

Arrêt pipi décalé et très kitsch 

Champ de poivriers 

Long house Iban
Nous sommes accueillis par une majorité des familles de la longhouse,  des gâteaux, des thés et du jus d'orange nous sont offerts. Les dimensions de la longhouse sont d'environ 80 mètres de long sur 30 mètres de large. Elle est composée d'une immense pièce collective dans toute sa longueur sur 10 mètres de largeur. Des nattes sont disposées au sol et de nombreux hamacs sont accrochés aux piliers de soutènement. Le reste de la surface constitue les appartements privés des familles. Quatorze familles partagent cet habitat commun soit environ 70 personnes. Les appartements sont élaborés sous le mode de trois pièces, une chambre à coucher et atelier de tissage de rotin principalement effectués par le femme, une pièce cuisine et une petite terrasse. La décoration est à la fois sobre et disparate, photos de famille, posters divers, fleurs en plastique, artisanat en cours ou terminé, chaîne hi-fi, armoire à linge... tout ce qui rend le quotidien agréable et vivant. La longhouse existe depuis 90 ans, elle a été habitée à sa construction par cinq familles, puis s'est allongée au fil des années.

Terrasse de la long house de Siba

Extérieur de la longhouse de Siba

Coeur de palmier frais pour le repas du soir
Pour ce qui est du travail, les villageois sont essentiellement agriculteurs, les femmes comme les hommes font les mêmes travaux des champs, les cultures sont celles du poivre, ananas, fruits exotiques, légumes, abatage du bois ou de palmiers, ramassage du rotin pour la confection de nattes qui servent de tables au sol ou pour se reposer dans la salle commune. Celles ci sont élaborées et confectionnées par les femmes. Pour améliorer l'ordinaire, elles vendent des nattes suite à des commandes hôtelières.

Natte fabriquée maison

Notre hôtesse au travail

Les enfants restent avec la ou les familles jusqu'à l'âge de cinq ans, ensuite direction le jardin d'enfants et l'école primaire jusqu'à l'âge de neuf ou dix ans. L'école se trouve à quatre heures de route du village en deux roues. Les parents accompagnent  leurs enfants scolarisés en restant soit chez des voisins ou dans la famille. À l'âge de dix ans ceux ci continuent leur scolarité en internat et reviennent au village du vendredi au dimanche.
Lors de moments pluvieux, les hommes restent dans la partie commune de la longhouse à discuter et les femmes en font de même ou tissent de magnifiques nattes en rotin avec des couleurs naturelles. (Blanche, noire, beige, rouge). Les animaux de compagnie pullulent, chiens et chats ainsi que des poules, cochons noirs ou roses, lapins et coqs de combats. Les hommes partent à quatre heures de route, vers un autre village pour parier sur ces combats et reviennent parfois gagnants comme le fils du chef ces jours ci.
Il arrive que certains jours, les habitants se reposent, discutent, fument ou elaborent les travaux à venir.
Moments de palabres 
Nous sommes dans un village animiste où certains habitants ont des pouvoirs chamaniques, le chef de la longhouse est élu en fonction de ses qualités. Auparavant, celui ci devenait chef par filiation, de père en fils. Les moeurs ont évolués, une femme peut être élue chèfe.

Pascal 

Hier soir nous avons joué au uno avec quelques messieurs et deux dames, les règles ont rapidement été comprises, les rires ont fusé, Pascal a fait le clown comme d'habitude, il a beaucoup de facilité à se faire adopter. Rambo, (ça ne s'invente pas) une cinquantaine d'années s'est pris d'affection pour Pascal ; Il s'assoit souvent à côté de lui et lui prend le bras.

Mon ami Rambo !!(Pascal)
Nous venons de passer notre première nuit dans la longhouse, enfin Pascal à passé une bonne nuit, couché à 22h30 il n'a pas ouvert l'oeil avant 7h. Il n'a donc pas entendu les chiens qui aboyaient, les chiens qui hurlaient à la mort, les chiens qui se battaient... Il faut dire qu'il y a un chien par famille donc 14 toutous ; j'ai eu tout le loisir d'apprécier le timbre de voix de chacun, d'autant qu'il y a eu beaucoup de bis repetita. La pluie m'a également tenu compagnie une partie de la nuit, je vous assure que si vous voulez en profiter au maximum installez vous sous les tôles, acoustique garantie.

Nathalie, ses mains et huiles magiques 


Après le petit-déjeuner nous sommes partis en balade pour aller voir une cascade et y déjeuner. Avant notre départ le chaman de la long house à fait comprendre à Nathalie qu'il avait besoin d'un massage. Il faut dire qu'elle passait presque pour medecin woman depuis qu'elle avait soulagé une petite dame qui souffrait d'un accès de goutte. Outre notre guide Chris, Rambo était de la sortie, nos compatriotes Nathalie et Jean-Noël, une jeune anglaise, et une dizaine d'hommes du village. Nous avons longé les plantations de poivre, crapahuté dans la rivière, évité les sangsues, tenter quelques acrobaties afin d'éviter les chutes, vu les chiens essayé de s'entretuer, regarder nos hôtes vider les poulets, les cramer sur la flamme et "cuisiner" au bambou. Sans oublier les pitreries de Rambo, les accolades auprès de Pascal, ses coups de machette pour nous faire boire de l'eau qui se trouvait dans les bambous. Nous sommes revenus par le même chemin, la pluie ne s'est pas montrée, le soleil peu mais la chaleur était là. Une petite douche, entendez par là un lavage du corps, à l'aide de bassines dans une cabane où le seul trou d'évacuation est celui des commodités.
Sortie en forêt 

Préparation du repas


A boire au goulot l'eau de bambou

Première cuisson du poulet

Il nous a été offert un goûter au sol avec les habitants de la longhouse, où chacun nous offre thé et café, nous nous retrouvons avec plusieurs tasses devant nous, dégustation de vin de riz offert par le toujours seminant Rambo et pour finir la fin de la journée, je vous le donne en mille : un cochon égorgé, dépecé, vidé et passé au barbecue. Qui a dit que nous nous ennuyons...

Intérieur de la long house

Repas communautaire 



Marie

Explication de Pascal sur le vécu de la tuerie

Le cochon pèse 41 kg, devient encombrant par son volume dans la "porcherie" trop étroite. Un homme y pénètre, tente de faire entrer le cochon dans un sac, réussi, et avec l'aide d'un de ses collègues l'extirpe de la porcherie. Ils ferment le sac et hâle l'animal à un point précis où notre ami Rambo les attend. Le cochon est posé par terre, le sac découpé à la hauteur de son cou avec une machette qui sert ensuite à lui trancher la gorge. Vidé de son sang, il est rapidement transporté au point d'eau afin que le reste de sang s'ecoule. Là, le découpage de la bête continue avec la machette de Rambo qui s'active..... Vidé et découpé en cinq morceaux, celui ci est amené sur un bûcher afin que les poils soient brûlés et arasés avec un couteau en bambou.

Découpage du cochon


Éviscération du cochon

Épilation du cochon

La suite sera une succession de morceaux brûlés et cuits, puis les entrailles passées au barbecue et partagées entre les hommes et les enfants présents, justes quelques morceaux pour le plaisir gustatif. Un morceau pour Nathalie, un pour Pascal, non merci beaucoup, refus poli de notre part. Après la cuisson de l'animal, celui ci est découpé à la machette et réparti en parts égales de poids entre les 14 familles, chacune venant avec sa cuvette en plastique pour transporter les pépites de viande.(ce n'est pas un évènement fréquent).


La soirée s'est prolongée par un excellent repas partagé avec tout les habitants et ensuite par une séance de karaoké dansant si je puis dire. Une jeune fille installait un DVD dans la machine, elle choisissait une musique avec danse traditionnelle et hop! les femmes se mettaient à danser. Nous avons bien sûr été sollicité, une danse, deux danses puis repos pour admirer un petit gamin de cinq ans danser tout seul au son de la musique et des pas du "chaman", qu'il avait superbement bien intégré en regardant le DVD. Il était concentré, dans son monde, en rythme, tapant parfois du pied pour marteler le rythme ou frappant dans ses mains lorsque la mélodie le demandait.
Dernière soirée à Siba, que ses habitants sont généreux par leur hospitalité!

Pascal

Alors que nous dormions encore ; Chris nous a appelé en nous disant que le bébé allait prendre son bain, oui ! Bon ! Des bébés mouillés on en a déjà vu... Pascal avait du mal à sortir du lit, je me suis habillée et j'ai attrapé mon appareil photo et bien m'en a pris. Un bébé était né deux mois plus tôt et les astres avaient donné la permission de le présenter au "monde". Ce petit  Gérald (prénom anglais, je ne souviens plus de son prénom Iban), a été accompagné par l'ailleul du village qui est aussi chamane et sa mamie pour son premier bain. Cela s'est passé hors de la longhouse, près du point d'eau, le bébé dans les bras du chamane, la bassine sous le bras de la mamie (Ignacia). J'ai pu filmer cette scène faite d'incantation, de gestes ancestraux, d'amour et de joie. Le bébé a ensuite été présenté au reste de la communauté, n'ayant rien compris au sens exact de ce "baptême", les petits français que nous sommes prenaient tout leur temps à porter le petit bout, alors que les villageois attendaient cette rencontre depuis deux mois. Nous avons été chanceux d'assister à un tel événement, nous quitterons la longhouse et ses habitants dans quelques heures, avec de beaux souvenirs et un petit pincement au coeur.
(Nous reviendrons sur ce passage dans un prochain article avec les illustrations).

Comme nous l'avons évoqué plus haut, nous avons fait la connaissance de Nathalie et Jean-Noël, nous avons eu l'impression de nous connaître depuis toujours. Les normands sont venus boire l'apéro dans "notre guesthouse", puis après deux bières, de nombreux fous rire, l'impression d'avoir les jambes en coton et une patate chaude dans la bouche nous avons suivi Jean-Noël vers un hypothétique resto. (même cette phrase est pleine d'ivresse). Nous avons marché un bon moment, sommes revenus sur nos pas pour finalement trouvé le lieu fermé. Ne vous inquiétez pas nous avons dîner dans un restaurant tenu par une française mariée avec un local depuis vingt ans. Nous avons apprécié un petit vin rouge dans un joli verre, ah le plaisir de l'objet !!!

Le lendemain nous sommes allés au parc national de Bako afin de voir plus particulièrement des nasiques. Pascal, Jean-Noël et moi en avons vu un, Nathalie était partie devant. Elle était un peu déçue ce que je comprends, mais nous étions en veine et elle a pu se rattraper en début d'après-midi. Nous avons pu admirer  notre animal qui aurait fait de l'ombre à Cyrano de Bergerac. Il s'est laissé admirer sous toutes les coutures.
Images du parc naturel








L'ami nazique




Retour sur Kuching
Un petit resto pour clore notre chemin à quatre, la promesse de garder le contact et l'envie de se retrouver en France. 

Marie

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