Vanarasi la belle, j'aime cette ville faite de ruelles, de dédales, d'odeurs, de couleurs, de sourires, empreint de dévotion, de mort, de vie, toujours en effervescence, ensoleillée, brûlante et douce à la fois. Pascal et moi l'avons énormément appréciée, notre souhait est de revenir nous y perdre.
Pascal va vous l'évoquer, je vous parlerais de mon ressenti près d'un des lieux de crémation où nous avons rencontré un homme qui y officie. Nous avions de nombreuses questions, il avait la patience, l'envie de partager, de nous éclairer, aucun tabou tant sur la mort que sur le corps posé sur le bûcher.
Nous avons vu quatre hommes posant un "paquet" sur une grosse pierre plate, puis qui montaient dans une barque via le large du Gange. On nous a expliqué qu'il s'agissait du corps d'un bébé, qu'ils allaient le laisser couler au fond du fleuve. L'émotion nous a saisi, le rapport à la mort est différent pour chacun, j'ai eu l'impression qu'il parlait seulement d'une enveloppe, que la vie était précieuse mais qu'il fallait aller de l'avant. Les femmes n'assistent pas aux crémation afin de leur épargner une douleur trop vive, et de devoir gérer une réaction toute légitime de se jeter à l'eau. Contrairement à ce que je pensais six catégories de personnes ne sont pas inhumées : les enfants de moins de dix ans, les femmes enceintes, les sadhous, les moines, les personnes mortes de la lèpre, ou mortes d'une morsure de cobra.
Que dire de ces nombreux bûchers autour desquels des chiens airent, "oui ils mangent certains morceaux du corps, souvent les entrailles" nous explique notre "guide", cela est-il entendable pour nous ? Je ne saurais le dire, cela nous bouscule, nous ne disons rien, recevons les informations, échangeons des regards parfois larmoyants, les mots nous manquent, sont-ils seulement nécessaires ? Nous ne reparlerons de ce moment que bien plus tard comme sous le coup d'une émotion trop grande.
Marie
Que dire de cette ville étrange, surprenante déconcertante et magique à la fois. Elle est empreinte de spiritualité pour qui veut bien la percevoir et la ressentir comme telle. Mais elle n'est pas que cela, elle est une ville sacrée, des millions de pèlerins y affluent, pour le Gange, pour le temple d'or dédié à Vishnou, pour les cérémonies de fin d'après midi sur les ghats du Gange. La rencontre des uns avec les autres ces pèlerins venat de toutes les régions de l'Inde, parfois éloignées de plusieurs centaines de kilomètres. Nous avons assisté à une de ces cérémonies, entourés d'Indiens venat du Rajasthan, du Gujarat, du Tamil Nadu, échanges de regards, de sourires,de gestes. Un homme est en train de se prépare sa chique de bétel, je le regarde faire, il se tourne vers moi et me propose de sa mixture, me montre comment la poser dans ma bouche et la chiquer. Je salive, malaxe jusqu'à la réduire en bouillie. J'attends un possible effet qui ne vient pas, mais il me manque un ingrédient qu'il me donnera, mais trop tard, il me sourit, lève le pouce en signe de "bien". Je lui retourne mon accord. Puis une dame se tourne vers moi, me demande de la prendre en photo et me fait comprendre que je dois la faire développer sur le champ par un tirage rapide effectué par un photographe ambulant. Je m'exécute, lui montre le cliché, elle sourit. L'impression est sur le papier emballé dans une fine pochette plastique (30 roupies). Elle me tend l'argent, non je tiens à lui offrir, elle me remercie longuement et part satisfaite en nous disant que si nous passons vers chez elle elle nous accueillera. L'instant court, éphémère de la rencontre. La vie dans l'instant présent avec toute cette énergie de spontanéité, d'élan gratuit donné à la rencontre. Que du bonheur!!
Cette rencontre se produira aussi avec un signe de la main d'un commerçant, d'un conducteur de Rick Shaw, d'un enfant ou d'un adolescent qui dira hello!! How are you, where coming from. Petites phrases lancées à la dérobée parfois sans attendre de réponse.
Voilà comment les indiens se manifestent, toujours dans l'aide sans rien en retour.
Il y a aussi la vie quotidienne qui bât son plein, les zones d'ombres et de lumières, les monuments sacrés et les autres presque profanes. Leurs décorations parfois outrancières et subtiles sur les rives du Gange, les couleurs sensuelles au lever du soleil.
Je vous livre ces quelques impressions mais il est difficile de les partager sans les avoir vécues.
PascalIllustration de nos propos:
| Sadhu à Varanasi sur les Gaths |
| Gaths de Varanasi |
| Gaths de Varanasi |
| Bains sacrés dans le Gange |
| Vendeur de chapatti |
| Délice de lassi |
| Bains sacrés dans le Gange à Varanasi |
| Visites du site de Sarnat, Varanasi |